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A Nîmes, une mère en grève de la faim depuis quarante jours pour récupérer la garde de ses enfants

publié le 10 avril 2021 à 17h15, sur le site du journal Libération, par Sarah Finger


Karine Trapp, 36 ans, qui a également cessé de boire le 30 mars, est au cœur d’une bataille judiciaire avec ses anciens compagnons, pères de ses deux enfants. Elle ne s’est pas alimentée depuis le 1er mars. Le 30 mars, elle décidait aussi de cesser de boire. La faim et la soif sont devenues les dernières armes de Karine Trapp, 36 ans, dans son combat pour récupérer ses deux enfants nés de pères distincts : Noah, 13 ans, et Samuel, 6 ans. Le premier a été placé dans un foyer à Alès (Gard) voilà plus de deux ans. Le second vit chez son père en Lozère.


Cette affaire, dont les multiples rebondissements sont détaillés sur des blogs, réseaux sociaux et autres pétitions en ligne, suscite nombre de réactions à Nîmes, actuel lieu de résidence de cette femme, mais aussi bien au-delà. Il faut dire que le Dr Jean-Philippe Labrèze, naturopathe et actuel compagnon de Karine Trapp, utilise tous les moyens dont il dispose pour mobiliser l’opinion. Dans une vidéo diffusée sur YouTube mardi 6 avril, il raconte l’admission de sa compagne aux urgences, sa perte de connaissance, et son propre désespoir : Karine Trapp, dit-il, «s’achemine vers une fin de vie» après quatre ans «d’enfer», de «souffrance» et de «harcèlement judiciaire».


«Du statut de plaignante à celui de mise en cause»


C’est aussi par le biais de documents et vidéos mis en ligne que Karine Trapp expose sa version des événements l’ayant conduite à cette grève de la faim et de la soif. Elle y évoque la naissance de Noah, en 2009, tandis qu’elle est déjà séparée de son père. Puis celle de Samuel, cinq ans plus tard. Deux ans après la naissance de ce dernier, en 2016, les parents se séparent : le père de Samuel, explique la jeune femme, serait devenu violent. Toujours selon Karine Trapp, ses deux anciens compagnons se seraient ensuite rapprochés. «Les pères devenus amis multiplient les démarches pour me retirer la garde des enfants», écrit-elle dans le texte accompagnant une pétition demandant le retour de ses fils. C’est à cause de leurs «allégations mensongères» que ses enfants lui auraient été retirés en 2017.


Karine Trapp explique que cette décision a fait suite à une plainte qu’elle avait elle-même déposée en octobre 2016 contre le père de Samuel pour dégradation de domicile et violences physiques. Son ancien compagnon se serait invité à son domicile quelques mois plus tôt, et leur discussion aurait dégénéré. L’homme l’aurait immobilisée sur le canapé, et elle se serait libérée en lui assénant un coup de poing. Mais cette plainte va se retourner contre elle : devant les gendarmes, le père de Samuel affirme en effet avoir été victime de plusieurs coups lors de cette dispute, et présente des photos de son visage gravement tuméfié. S’est-il lui-même infligé ces blessures ? C’est ce que suggèrent deux experts en médecine légale sollicités par Jean-Philippe Labrèze. «Mais ces allégations ont eu de graves conséquences puisqu’elles ont débouché sur la condamnation de Karine, qui est ainsi passée du statut de plaignante à celui de mise en cause», raconte ce médecin.

«Perte de force et de crédibilité»

Interrogée par le média en ligne Info Creuse Allier, Me Khadija Aoudia, l’avocate de Karine Trapp, explique que sa cliente a pâti d’une «perte de force et de crédibilité […] pour se faire entendre devant ses juges». Selon l’avocate – que Libération a sollicitée sans succès –, la plainte du père de Samuel a débouché sur la condamnation pour violences volontaires de Karine Trapp, car la cour d’appel a confirmé que la matérialisation des coups était suffisamment caractérisée, même si les photos en question n’ont fait l’objet d’aucune vérification et n’étaient accompagnées d’aucun certificat médical. Me Khadija Aoudia annonce qu’elle a lancé une procédure pour escroquerie au jugement.


Dans cette affaire rythmée par dix-neuf décisions de justice et par plusieurs grèves de la faim de Karine Trapp, une possible sortie de l’ornière est apparue mi-mars : «Eric Maurel, le procureur de Nîmes, nous a reçus, moi puis Karine, nous promettant de faire rapidement réexaminer le dossier. Mais cette promesse n’a pas été tenue, soutient Jean-Philippe Labrèze. De plus, depuis quelques jours, les forces de l’ordre tentent d’intimider les amis et soutiens de Karine qui manifestent chaque jour devant de Palais de Justice de Nîmes.»


Le Conseil général du Gard, dont dépend l’aide sociale à l’enfance (ASE) qui a placé l’aîné Noah, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire tant qu’elle est dans les mains de la justice. Le procureur de Nîmes n’a pas répondu à nos sollicitations. Quant à Karine Trapp, elle a quitté l’hôpital le 8 avril afin de poursuivre son combat.


voir l'article sur le site du journal Libération

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